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Lettre no11, mars 2012 : Au cœur des radios communautaires d'Amazonie.


Cette seconde étape de l'action de Jequitibá au Brésil a été une nouvelle expérience pour Jean-Jacques Fontaine et moi-même. Et le résultat fut très satisfaisant. Contrairement à la méthodologie des trois années précédentes, nous n'avons pas réuni des stagiaires de plusieurs radios en un lieu de formation. C'est nous qui nous sommes rendus dans leur radio.

Après une journée de préparation dans les locaux de la très efficace ONG Saúde e Alegria à Santarém, nous nous sommes rendus dans la première des deux radios prévues pour cette session : Radio Alternativa à Alter do Chão dans l'état amazonien du Para. Ici pas de problème logistique car cette petite agglomération est un lieu de tourisme en raison de ses plages splendides sur les rives du fleuve Tapajós, spécialement lors des basses eaux, de septembre à février.

Cette radio a déjà fonctionné de manière intermittente au cours des dernières années avant de disparaître puis de recommencer à émettre en FM au début mars 2012 avec une toute nouvelle équipe très jeune, encadrée par Saúde e Alegria. Notre formation de cinq jours a apporté un appui certain à ce redémarrage.

Journal quotidien
Suivant notre nouvelle formule, nous avons d'abord donné une formation d'une journée à douze personnes centrée sur les éléments de base développés les années précédentes : techniques d'interview et écriture radiophonique. Les quatre jours suivants, nous n'avons, comme prévu, gardé que huit personnes pour produire chaque soir à 17 heures un journal d'une quinzaine de minutes. Un groupe de quatre produisait un ou deux reportages quotidiens et l'autre groupe organisait le script du journal et préparait des informations, des interviews enregistrées ou en direct ainsi que des débats en direct. Les groupes alternaient chaque jour et changeaient de formateur.

Très vite deux très jeunes participantes se sont révélées excellentes à la présentation en direct. Les idées de reportages n'ont pas manqué : journée de l'eau, débat sur les projets de barrage, ramassage des déchets, tuberculose, titres de propriété des terres, bibliothèque, musique traditionnelle locale, etc.

Reportage et script de journal
L'accent méthodologique a été mis sur la fabrication des reportages et sur la construction d'un script de journal en fonction du choix des informations. Comme nous l'avions souvent constaté les années précédentes, la difficulté principale des stagiaires a été la rédaction des textes mais avec un peu d'aide, ils s'en sont bien sortis.

Comme prévu, Jéquitibá a financé l'achat d'un ordinateur, de deux micros ainsi que de deux enregistreurs numériques. Saúde e Alegria va suivre de près le groupe de « radialistas » qui a besoin de se structurer pour améliorer son organisation et ses connaissances techniques. Mais un bref passage une semaine plus tard a déjà montré du changement : le studio situé au fond d'un hangar a été repeint et des bulletins de nouvelles quotidiens ont été produits… sans nous!

Passage à la FM
Tout autre environnement pour la seconde semaine de session, dans le village de Suruacá, à une heure de hors bord d'Alter do Chão, toujours sur le fleuve Tapajós.
Ici la radio communautaire fonctionne une à deux heures par jour depuis plusieurs années par… hauts-parleurs. Ce système courant au Brésil ne nécessite pas d'autorisation particulière comme pour la diffusion en FM. Par contre il a ses limites : portée limitée et nuisances sonores, notamment pour les écoles situées à proximité des hauts-parleurs. Il était temps de passer à autre chose. L'appui de Saúde e Alegria a permis d'aller de l'avant dans les interminables démarches d'autorisation. Et lors de notre arrivée, moment symbolique, l'antenne FM a été installée sur un grand mât à côté du Telecentro qui héberge le studio et une connexion internet gratuite via satellite.

Energie solaire
Ici même méthode que la semaine précédente : un jour de théorie et d'exercices puis confection de journaux radiophoniques de quinze minutes pendant quatre jours, annoncés encore par haut-parleur mais transmis dorénavant en FM à 18 heures et repassés le lendemain matin à 6 heures. Dans ce village d'un millier d'habitants caboclos métissés, les sujets de reportage n'ont pas manqué non plus. La radio a pu suivre jour après jour le feuilleton de la panne de la pompe à eau du village. Et même un scoop : la panne du générateur électrique qui distribue du courant quatre soirs par semaine ! Heureusement, le télécentre est alimenté par une vingtaine de panneaux solaires branchés sur batteries, avec un appui d'un petit générateur amené par Saúde e Alegria.

La logistique a bien fonctionné : hébergement en hamac dans la maison du curé et repas préparés par une habitante. Nous avons aussi remis à la Radio Suruacá un ordinateur portable, micros, enregistreurs et une table de mixage.

Objectifs
Il est clair que la production d'un journal tel que ceux que nous avons produits lors de notre séjour dans ces deux radios est impossible de manière régulière. Les effectifs habituels ne sont pas de huit personnes mais plutôt d'une ou deux à tour de rôle. L'objectif est donc d'inciter ces radios à produire un bref bulletin quotidien de trois minutes, réalisable par une ou deux personnes et d'organiser la construction d'un journal hebdomadaire, de préférence le samedi qui rassemblerait des productions (reportages, interviews, etc) récoltées pendant la semaine. L'accès à internet devrait permettre aux différentes radios soutenues par Saúde e Alegria d'échanger leur production d'interviews et de reportages. Ces ambitions semblent réalisables. Pour s'en assurer, Jean-Jacques Fontaine retournera deux jours en septembre dans ces deux radios afin de dresser un premier bilan. Il s'ajoutera au suivi assuré par Saúde e Alegria.

Le financement de cette session a été assuré par l'Ambassade de Suisse à Brasilia. L'un de ses représentants, M. Jean-Pierre Reymond, est même venu suivre nos travaux pendant deux jours à Suruacá. En 2013, le soutien sera assuré par la Fondation de Famille Sandoz et en 2014 par la commune de Cartigny. Et d'ici là, en novembre nous organiserons notre session dans des radios des favelas « pacifiées » de Rio de Janeiro.

Rio de Janeiro/Genève, le 16 avril 2012
Yves Magat et Jean-Jacques Fontaine