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Lettre no 13, décembre 2012

Une session dans les favelas de Rio
Une énorme audience potentielle

La première session de la nouvelle formule dans des radios des favelas de Rio de Janeiro s'est bien déroulée en novembre 2012 sur deux semaines et demie. Elle nous a apporté à Jean-Jacques Fontaine et à moi-même des expériences inoubliables. C'est un monde grouillant de vie et d'initiatives, même si parfois la réalité des contraintes est compliquée.

Contrairement aux années précédentes où des participants de plusieurs radios venaient suivre entièrement nos sessions dans un lieu commun, nous nous sommes cette fois déplacés, pour une partie du stage, dans les radios. Cette méthode d'enseignement est la même que nous avons adoptée pour l'autre volet des activités de Jequitibá en Amazonie.


Cinq radios communautaires ont participé à cette session avec environ quatre personnes chacune. Elles venaient de quatre favelas "pacifiées" (Vidigal, Cantagalo, Capiri, Complexo do Alemão) et d'une favela encore contrôlée par les trafiquants (Maré). Le Complexo do Alemão et la Maré sont en réalité des ensembles de favelas dont la population totale se situe aux alentours de 250'000 habitants chacune. Les autres favelas de cette session sont de taille relativement réduite avec environ 10'000 habitants chacune.

Tous les participants se sont d'abord retrouvés pour trois jours d'atelier commun dans les locaux fournis par l'UPP Social, le service social de la Municipalité de Rio de Janeiro qui est un de nos partenaires dans ce projet. Après quelques notions de théorie le matin, nous passions rapidement à des exercices pratiques habituels, micro en main: interviews, débats, reportages, écriture radiophonique, diction.

Au sein des rédactions
Radio Mulher, Complexo do Alemão
La deuxième phase s'effectuait dans les "rédactions", si on peut appeler ainsi les locaux exigus dont disposent ces radios communautaires. Jean-Jacques Fontaine et moi-même accompagnions chacun une radio à la fois pendant trois jours pour confectionner deux à trois bulletins de nouvelles qui incluaient les types de traitement de l'information étudiés auparavant (interviews, reportages, etc) et bien sûr aussi du direct. C'est avec une grande fierté que les "radialistes" annonçaient sur leur antenne la programmation d'un "journal", un type d'émissions qu'ils n'avaient jamais pratiqué puisque jusqu'à présent ils se contentaient de donner quelques informations au hasard de leur disponibilité dans la journée et pendant des programmes essentiellement musicaux.

Dans les favelas pacifiées, la démarche journalistique a permis un vrai travail de terrain en abordant des thèmes aussi variés que la "conscience noire", le rôle des petits entrepreneurs, la violence contre les femmes, la spéculation immobilière ou l'arrivée des touristes

dans le quartier. Dans la favelas de la Maré où une "boca de fumo" (stand de vente de drogue) se trouve installée en toute quiétude dans la rue avec garde armé d'un fusil-mitrailleur à côté de la Radio Maré, on trouve les contraintes habituelles sur les thèmes qu'il est possible ou non d'aborder sans danger. Mais le bon niveau des animateurs de cette radio compense cette difficulté qui fait partie de la vie des favelas pas encore "pacifiées".

Pas toujours facile
Des difficultés sont d'ailleurs aussi présentes dans les favelas surveillées par les Unités de police pacificatrices (UPP) et appuyées par les assistants sociaux (trop peu nombreux) de l'UPP Social. Par exemple un groupe extrêmement dynamique de femmes du Complexo do Alemão anime tant bien que mal la Radio Mulher. Leur studio a été installé dans un petit bâtiment historique avec l'appui du Secrétariat à l'environnement de l'état de Rio de Janeiro. Mais la clé du studio est sous le contrôle d'un couple de pasteurs évangéliques qui s'est vu imposer la présence de cette radio dans une partie des locaux qu'ils considéraient à eux, puisqu'ils le géraient déjà lorsqu'il était utilisé par des trafiquants… Les deux pasteurs font tout ce qu'ils peuvent pour mettre des bâtons dans les roues et empêcher les animatrices de pénétrer dans leurs locaux. Une solution doit être trouvée au plus vite, avec peut-être l'aide de l'UPP Social, pour déménager le studio, éventuellement dans une des gares de la télécabine qui traverse le Complexo do Alemão et qui abritent des services à la populations (bureau de poste par exemple).

Dans la radio de la favela de Cantagalo, certains des animateurs avaient de la difficulté à se libérer de leurs activités professionnelles pour participer pleinement au stage et la réalisation d'un bulletin. Ce problème est fréquent parmi les animateurs dont l'activité dans la radio communautaires est en général quasiment bénévole.

Fourniture de matériel
Radio Estilo Livre, Vidigal
Le projet actuel est accompagné de la fourniture de matériel technique en prêt. C'est-à-dire que si la radio ferme boutique, elle doit le rendre à l'association. Chaque radio a ainsi reçu un ordinateur portable, deux micros et un petit enregistreur numérique. L'installation du matériel et l'appui technique sont fournis par Wladimir Aguiar, le directeur de la Radio Maré. Cet homme dynamique est polyvalent puisqu'il est également juriste. Il va donc aussi épauler le processus de légalisation des radios qui n'ont toujours pas pu franchir complètement ce pas. Tous les deux ans, est également prévu un séminaire de formation à la gestion de petites entreprises pour les responsables de dix radios ayant participé au projet. C'est l'UPP Social et la SEBRAE (Service d'appui aux PME) qui se chargeront de son organisation et son financement.

Dans le courant 2013, Jean-Jacques Fontaine passera encore deux jours dans chacune des cinq radio afin d'assurer un suivi, une poursuite de la formation et un bilan. Notons encore que Jean-Jacques a amené en visite à la Radio Estilo Livre de Vidigal, Gilbert Felli, Directeur exécutif du Comité International Olympique. Il était très intéressé de voir comment fonctionnait une radio de notre projet qui est en partie soutenu par le CIO. Son interview doublée en portugais a été réalisée par un des responsables de la radio.

Yves Magat