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Lettre no 14, mars 2013

Appui aux radios communautaires des favelas pacifiées de Rio
A chaque radio sa différence

Comme prévu dans le cadre de ce projet mené en collaboration avec l'UPP Social de la Préfecture de Rio de Janeiro et soutenu financièrement par le Comité International Olympique et la Ville de Lausanne, je me suis rendu dans les 5 radios que nous accompagnons en 2012-2013, pour une seconde session d'appui de 2 journées par radio durant le mois de mars. Rappelons que 20 animateurs de ces radios (4 par radio) ont déjà bénéficié d'une première session de formation de 6 journées dispensées par Yves Magat et moi-même en novembre 2012.

La situation de chacune des radios que j'ai visitées est spécifique mais, à l'exception d'une seule d'entre elles, que nous avons dû écarter de la suite des opérations, les 4 autres ont su conserver un noyau de personnes décidées à développer un projet adapté à leur réalité. Une de ces radios a même mis en place depuis fin janvier une émission hebdomadaire régulière d'information de 2 heures, le samedi matin. Les autres ont des idées qu'elles ont pu affiner au cours des entretiens que j'ai eus avec elles durant ce second module et qui devraient se concrétiser dans les semaines à venir.

C'est un résultat encourageant, qui montre que notre approche correspond à la demande de ces radios et que la formation donnée à leurs animateurs les aide à améliorer leur approche du journalisme de radio. D'autre part, le fait d'être retourné deux jours dans chacune de ces radios m'a aidé à la fois à remotiver les participants et à mieux percevoir les lacunes de notre intervention.

Un problème lancinant de recrutement et de continuité, commun aux 5 radios

C'est encore et toujours le problème-clé que nous rencontrons dans notre travail avec les radios communautaires au Brésil. Par leur côté informel et associatif, elles souffrent d'une grande volatilité de leurs participants, ce qui se traduit par un manque de continuité dans les projets. C'est compréhensible : lorsqu'une personne trouve un travail rémunéré en dehors de la radio où il intervient comme bénévole, il va le privilégier et disparaître de la circulation. D'autant plus que, dans la majorité des cas, il s'agit de personnes pauvres et sans emploi régulier.

Cela complique évidemment notre intervention et nous n'avons pas encore trouvé la bonne réponse… Une fois de plus, nous avons insuffisamment pris en considération cette donnée lors du démarrage du projet. Conséquence, une partie de ceux qui ont bénéficié de la formation dispensée en novembre n'étaient plus là en mars. D'autres les avaient remplacé, avec qui il a fallu reprendre les choses à la base.

Nous avons décidé d'attaquer sérieusement cette question dans le cadre des opérations de recrutement des 5 nouvelles radios que nous allons appuyer de novembre 2013 à octobre 2014. Un flyer a été distribué dans les communautés par l'UPP Social afin d'informer les radios de l'existence du projet et de les inciter à poser leur candidature, ce qu'ils doivent faire sur la base d'un dossier détaillé. J'irai ensuite, en compagnie de notre collaborateur Wladimir Aguiar visiter chacune de ces radios et examiner la solidité des candidatures. C'est seulement au terme de ce processus que 20 personnes de 5 nouvelles radios seront sélectionnées pour la formation 2013-2014. Nous espérons ainsi résoudre une partie des problèmes qui se sont posés cette année.

Les radios les unes après les autres.
Comme déjà mentionné, nous avons hélas dû mettre fin à l'appui que nous apportions à la Radio Zona Sul FM de Cantagalo / Pavão-Pavãozinho. Malgré plusieurs tentatives menées avec notre aide, son directeur n'a pas réussi à constituer une équipe fixe d'animateurs disposés à s'engager dans le projet et les associations du quartier ne se sont pas révélées assez fortes pour épauler les efforts de la Radio Zona Sul en vue de développer son rôle citoyen dans la communauté. Cet échec était malheureusement prévisible au vu de la faiblesse

de l'équipe qui s'était inscrite au cours de novembre 2012. Nous pensions toutefois qu'elle était susceptible de se renforcer en cours d'expérience, cela ne s'est pas vérifié.

A l'inverse, la Radio Maré a profité au maximum de notre appui pour mettre en place, dès fin janvier, une émission hebdomadaire de 2 heures, en direct, le samedi matin, avec des informations, des invités et des reportages, sur la vie du quartier. Des 4 personnes qui composent aujourd'hui l'équipe, 3 ont participé à la formation de novembre et une s'est ajoutée par la suite. La Radio Maré peut maintenant poursuivre son chemin de manière autonome. Si l'expérience de Radio Zona Sul FM est notre principal échec, celle de Radio Maré représente notre principale réussite.

A la Radio Estilo Livre du Vidigal, deux des animatrices ayant participé au cours de novembre étaient un peu découragée quand je les ai rencontrées ce mois de mars : pleines de bonne volonté, certes, mais ne sachant comment aller de l'avant. Et peu soutenues dans leurs efforts. Ensemble, nous avons élaboré un nouveau concept : désormais, elles réalisent des reportages et des interviews enregistrés qui sont diffusés dans le cadre d'une émission « musique et information » quotidienne, qu'une autre personne anime. Cela leur permet d'utiliser leurs connaissances et de commencer à diffuser de l'information locale jusqu'à ce qu'elles aient la capacité de monter leur propre émission.

La situation est à peu près identique à la Radio Mulher du Complexe de l'Alemão, muette depuis début janvier après qu'un orage a frappé leur antenne. Il a fallu un mois et demi pour la réparer. C'est fait et maintenant, les 3 animatrices de Radio Mulher commencent suite à mes conseils, à fabriquer des petits bulletins d'information locale préenregistrés, destinés à être diffusés par leur propre radio, par Radio Maré que les habitants du quartier captent aussi et bientôt via internet. Cette production devrait augmenter progressivement et se faire plus régulière.

Enfin Radio Paraiso à Catiri, est constituée d'un noyau fort de deux animateurs qui ont participé au cours du mois de novembre et sont en même temps responsables d'un programme d'artisanat associatif, financé par la « Casa da Moeda » un organisme du gouvernement. Leur problème : recruter du monde pour produire de l'information, car eux sont débordés ! Cela va se faire à travers une collaboration avec l'école du quartier. En juin, je vais aller y donner un cours de base de 3 journées sur les techniques du journalisme de radio à 10 élèves âgés de 14 à 18 ans. Certains vont ensuite collaborer avec Radio Paraiso.

De solides pistes de travail
Après 6 mois d'activités concrètes, le projet d'appui aux radios communautaires des favelas pacifiées de Rio de Janeiro élaboré par Jequitibá a donc atteint une bonne partie de ses objectifs, même s'il a fallu revoir certains concepts et même si les choses avancent moins vite que prévu. L'opération est désormais en phase de consolidation, notamment en ce qui concerne la manière d'atteindre les buts fixés et les rapports qui se mettent progressivement en place avec les institutions chargées d'intervenir dans les communautés pacifiées.

Si tout se passe bien, cela va notamment se traduire par l'organisation d'un cours de formation à la gestion pour les micro-entreprises destiné spécifiquement aux radios que nous aidons. C'est l'Institut Genesis de l'Université Catholique de Rio de Janeiro, spécialisé dans ces questions, qui va assurer cette formation. Il faut encore trouver le financement nécessaire à sa réalisation. Grâce à l'aide que nous apportent le Comité Olympique International et le Comité Olympique Brésilien, nous avons bon espoir de trouver ce financement auprès de sponsors privés des futurs JO de Rio de Janeiro de 2016.

Rio de Janeiro, 15 mars 2013. Jean-Jacques Fontaine