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Lettre n° 15, juin 2013

Stages le long des fleuves Tapajós et Arapiuns
Au rythme de la fête

Une nouvelle session de cours-atelier de journalisme s'est déroulée du 19 au 30 juin 2013 en Amazonie brésilienne. Comme par le passé nous avons bénéficié de la logistique de l'excellente ONG Saúde e Alegria basée à Santarém dans l'état du Pará.

La deuxième semaine tombait juste sur les fêtes de la São Pedro (festas juninas), ce qui était un avantage et un inconvénient. La préparation et le déroulement des fêtes ont été sources de reportages et interviews mais la disponibilité des participants a parfois souffert un peu du climat festif qui s'ajoutait à la retransmission télévisée des matches de football de la Coupe des Confédérations. De grandes manifestations ont agité au même moment les villes du Brésil, y compris Santarém. Elles n'ont eu toutefois aucun effet dans les villages où nous nous trouvions.

Vila de Boim
Le premier des deux villages concernés est Vila de Boim sur le Tapajós, un des grands affluents de l'Amazone, à près de trois heures de hors-bord de Santarém. C'est une agglomération classique d'un millier d'habitants caboclos (métisses). Le village n'est pas branché sur le réseau électrique régional qui passe de l'autre côté de la rivière dont la largeur est ici d'une douzaine de kilomètres... Un générateur assure du courant tous les soirs de 19:30 à 22:30 environ. Lorsque nous nous trouvions sur place, la compagnie électrique est d'ailleurs venue remplacer les vieux poteaux en bois par des pylônes en béton.

La Radio Integração utilise les heures d'électricité pour fonctionner. Si nécessaire, l'un des deux responsables de la radio dispose aussi d'un petit générateur personnel dans sa maison qui se trouve en face du studio. Le bâtiment en bois de la radio est minuscule. Il est surmonté d'un mât portant deux haut-parleurs car la station n'est pas encore passée en FM. Les programmes consistent essentiellement en musique et annonces diverses destinées aux habitants du village. La qualité déplorable des haut-parleurs pour un village qui s'étend relativement loin le long de la rivière rend urgent le changement de système. D'autant plus que les habitants ont déjà l'habitude d'utiliser des vieux postes de transistor pour capter en ondes moyennes la Radio rural qui émet depuis Santarém. Et la nuisance sonore que peut représenter pour les voisins une radio qui émet par haut-parleurs n'est actuellement pas un aspect positif.

Les responsables de la radio sont conscients de ces problèmes. Ils vont se mettre en contact avec Saúde e Alegria pour établir le dossier de demande officielle de passage en FM auprès des autorités fédérales du Ministère des Communications à Brasília. Le processus est très long mais en principe il permet dès le dépôt de la demande d'avoir le droit d'émettre de manière "provisoire". A ce moment-là seulement la radio recevra le matériel de transmission FM qui lui a été attribué par Jequitibá.

Le village de Boim possède un petit centre internet installé dans un bâtiment assez décrépi appartenant à l'église catholique. Son matériel a besoin de maintenance, notamment les batteries qui ne sont plus chargées par les panneaux solaires. Nous avons rendu attentifs les responsables locaux sur l'intérêt que représenterait l'installation dans un même lieu de la radio et du centre internet qui se trouvent actuellement dans deux endroits distincts du village.

Le cours lui-même s'est bien déroulé avec huit participants motivés de tous âges. Seuls les deux responsables actuels de la radio avaient une véritable expérience du micro mais aucun participant ne connaissait les techniques de base du journalisme qu'ils ont pu entrainer pendant les quatre jours et demi de cours: interview, débat, reportage, diction et construction d'un bulletin de nouvelles de quinze minutes.



São Pedro do Arapiuns
La semaine suivante, notre arrivée dans le village de São Pedro, sur la rivière Arapiuns, est passée un peu inaperçue en raison des fêtes qui battaient leur plein les jours suivants. Ici l'équipe des participants sélectionnée par Saúde e Alegria et les responsables du village étaient très jeunes: dix garçons et filles entre 17 et 20 ans. Tous avaient un bon niveau d'éducation mais trois ont quitté le cours au bout de deux jours car ils s'attendaient à une formation technique et non journalistique. Ceux qui sont restés étaient particulièrement motivés et trois d'entre eux (deux garçons et une fille) particulièrement brillants. Les deux garçons avaient déjà une bonne expérience du micro car ils participent régulièrement aux animations de l'actuelle radio communautaire de São Pedro.

Il s'agit là aussi d'une station qui émet par haut-parleurs. Quatre "cornetas" sont réparties sur deux mâts: un est planté sur la place centrale face à l'église et l'autre à côté du stade de football où se trouve d'ailleurs le local de la radio sur une sorte de tourelle en bois permettant de commenter les matches en direct ! Les haut-parleurs sont de meilleure qualité que dans le village précédent et ils semblent être assez appréciés lors des animations de fêtes et rencontres sportives. Le système est toutefois également obsolète dans un village où les habitants captent la radio rurale de Santarém et les chaînes télévisées avec quelques antennes paraboliques. São Pedro n'est pas branché sur le réseau électrique et ne dispose de courant qu'en fin de journée grâce au générateur du village.

Centre internet à nouveau fonctionnel
Le centre internet est bien équipé grâce à Saúde e Alegria et fonctionne sur batteries et panneaux solaires mais il est resté plusieurs mois en panne. L'antenne devait être réorientée et il a fallu attendre notre arrivée pour qu'un technicien profite de notre bateau pour venir effectuer la maintenance nécessaire. Immédiatement le centre a été réinvesti par un nombre élevé d'utilisateurs en général assez jeunes. Son rôle est crucial car le village est hors de portée des réseaux de téléphone cellulaire et les cabines de téléphone public ne fonctionnent pas en raison de la panne prolongée de l'antenne sur laquelle elles sont branchées. On nous a expliqué que parfois le centre internet a même été utilisé pour appeler en urgence via Facebook le bateau-ambulance de Santarém. Comme dans le village de Boim, nous avons encouragé les responsables à rassembler dans un même lieu la radio et le centre internet qui se trouvent dans deux bâtiments distants l'un de l'autre.

Le responsable actuel de la radio communautaire a besoin d'être appuyé par du sang jeune pour que les programmes jouent un rôle plus actif dans le village. Ils doivent aussi s'améliorer dans le sens journalistique, ce que nous avons tenté d'insuffler aux jeunes participants de notre cours. Ils doivent aussi s'ancrer dans une programmation régulière et passer en FM pour atteindre les maisons et villages avoisinants hors de portée des haut-parleurs. Cela ne signifie pas nécessairement l'abandon du système actuel qui peut être maintenu lors de certaines occasions (fêtes de São Pedro par exemple !). La radio de São Pedro semble aussi manquer d'un collaborateur technique pour assurer un minimum de qualité de son fonctionnement.

Nous n'avons pas rencontré sur place un appui extraordinaire des responsables du village pour le développement de la radio. Peut-être était-ce dû aux festivités du moment qui les accaparaient. Mais il n'est pas exclu qu'il y ait une certaine réticence au changement d'un système tel qu'il existe en ce moment. Le président du village nous a promis qu'il allait consulter les autres responsables communautaires pour décider ou non de passer à la FM et de bénéficier du matériel de transmission FM fourni en prêt par Jequitibá, qui se trouve chez Saúde e Alegria à Santarém en attendant une réponse positive.

Nous avons par contre bénéficié d'un intérêt marqué de la part de Dinael Cardoso, secrétaire de la coopérative extractiviste régionale (coopérative de producteurs ruraux de la forêt) et représentant des communautés indigènes. Il collabore régulièrement avec Saúde e Alegria et a promis son appui aux projets de transformation de la radio. Son soutien sera important pour donner plus de poids au rôle des participants du cours dont le jeune âge ne leur permet pas facilement de s'imposer face aux responsables du village.

Matériel
Notre intervention à Vila de Boim et São Pedro :
Comme prévu dans le projet de Jequitibá, les deux radios de cette session ont reçu le matériel suivant:
- un laptop avec entre autres des programmes de montage audio et de programmation automatique
- deux microphones
- deux casques audio
- deux enregistreurs numériques
- une table de mixage
L'émetteur FM de chacune des deux radios reste chez Saúde e Alegria en attendant une décision formelle des responsables des villages de lancer la procédure officielle de demande d'autorisation.

Suivi de la formation
D'un commun accord avec Saúde e Alegria, nous avons décidé que Jean-Jacques Fontaine ne se rendrait pas une seconde fois dans ces deux villages, comme cela était prévu initialement, pour évaluer les effets de notre intervention et apporter un renfort de formation. Par contre, les responsables de Saúde e Alegria ont reçu mandat d'effectuer eux-mêmes cette visite et de nous faire rapport. Ils sont parfaitement à même de remplir ce mandat et vont utiliser ce second passage pour installer les émetteurs FM. Nous leur avons laissé une provision financière pour couvrir les dépenses de cette intervention. Cette solution se révèle plus économique vu l'éloignement de ces villages et l'augmentation du prix des billets d'avion au Brésil. Il nous est apparu qu'un second déplacement de Jean-Jacques représentait une dépense élevée, pas nécessairement justifiée par le résultat qu'on peut en attendre.

Comme prévu dans le projet, Saúde e Alegria a encore reçu de notre part un subside pour assurer l'aide technique à la mise en place du réseau FM à Boim et São Pedro, ainsi qu'une aide financière pour assurer l'encadrement juridique nécessaire aux procédures de demande de légalisation de ces deux radios.

Bilan financier et perspectives 2014

Grâce aux efforts d'économie réalisés, au prix finalement inférieur à ce qui était prévu des émetteurs FM et à un taux de change CHF-R$ positif, nous avons pu réaliser le programme de cette année 2013 à un coût plus bas que celui budgété, ce qui nous a permis de dégager un surplus que nous allons réutiliser l'an prochain. En effet, en 2014, dernière année de notre programme d'appui dans la région du Tapajós, il était prévu une intervention dans une seule radio. Nous pourrons y ajouter une seconde radio grâce à ces économies. Au total, entre 2012 et 2014, ce seront donc 6 radios communautaires et non 5 que nous aurons appuyées dans le Tapajós, grâce aux subventions que nous ont octroyées l'Ambassade de Suisse au Brésil, la Fondation Sandoz et la Commune de Cartigny (Suisse).

Notre prochain et dernier séjour dans le Tapajós est prévu pour fin avril début mai 2014. Les dates exactes doivent encore être précisées.

Yves Magat / Jean-Jacques Fontaine
Santarém - Rio de Janeiro, juillet 2013