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Lettre n° 16, octobre 2013

Radios communautaires de Rio de Janeiro
Bilan d'étape

La première année de fonctionnement (2012-2013) du projet d'appui aux cinq radios des communautés pacifiées de Rio de Janeiro s'est achevée début octobre 2013. Cinq nouvelles radios vont pouvoir participer au projet de novembre 2013 à septembre 2014. Le moment est donc venu de faire un premier bilan d'étape.

Les radios que nous allons désormais laisser voler de leurs propres ailes ont atteint des résultats mitigés, mais moins mauvais que nous ne pouvions le craindre à mi-parcours, en juin dernier. Certes nous avons dû renoncer à collaborer avec l'une de ces radios, Radio Zona Sul FM de Pavão-Pavãozinho-Cantagalo, en mars déjà, car l'équipe s'était totalement dispersée et aucun projet de recomposition n'était envisagé. Pour ce qui est des quatre autres, chacune a suivi son rythme et trouvé peu à peu sa voie. Les résultats sont encore fragiles, mais il y a eu des avancées notables dans chacune d'entre elles.

Cinq radios, cinq réalités
C'est ainsi que les trois animatrices de Radio Mulher (sur les quatre qui avaient commencé la formation) dans le Complexe de l'Alemão ont choisi d'utiliser leur média pour mener des campagnes de sensibilisation sur les problèmes sociaux qui traversent la communauté. Elles sont ainsi en train de préparer une série d'émissions d'une demi-heure chacune, pour le mois de novembre, sur la question de la violence contre les femmes.
Radio Paraiso à Catiri-Bangu diffuse désormais chaque samedi une émission de musique et d'informations locales. Deux des 4 animateurs qui ont suivi la formation de départ y participent, se sont joints à eux 3 autres personnes qui ont bénéficié de l'expérience des 2 premières. Parmi elles un tout jeune garçon d'une quinzaine d'année au talent très prometteur. Radio Paraiso est actuellement très occupée avec la fermeture prochaine de la décharge d'ordures voisine du quartier, qui donne du travail a une bonne partie de la population de Catiri et avec le fait que depuis plusieurs semaines, il n'y a plus de médecin dans le poste de santé du quartier.
Dans le Complexe de la Maré, la radio du même nom a produit de janvier à juillet, chaque samedi matin, une émission intitulée « Ecoar », qui traitait avec des invités et des reportages, des problèmes du quartier, notamment environnementaux. L'émission s'est arrêtée en juillet sur un malentendu : ses 4 animateurs (qui avaient suivi le cours de formation de Jequitibá) pensaient pouvoir être rémunérés pour leur travail grâce à un appui extérieur qui ne s'est malheureusement pas concrétisé. Deux des journalistes formés poursuivent cependant leurs activités dans deux autres émission de Radio Maré.
Nous allons continuer à travailler avec cet émetteur l'an prochain car le Complexe de la Maré, vaste regroupement de communautés, est un laboratoire social et devrait être pacifié au début de l'année 2014. Nous allons donc tenter l'expérience de former des journalistes au sein de plusieurs associations du quartier afin qu'ils produisent des émissions à partir de leurs activités.

Radio Estilo Livre du Vidigal nous est apparue longtemps comme la plus fragile de celles que nous soutenions. Son directeur-technicien, très occupé par d'autres tâches, n'assumait pas la responsabilité de monter un programme d'information et les deux journalistes qui participaient au projet connaissent des limitations techniques qui les empêchent de produire une émission de manière autonome. L'impasse a duré pratiquement jusqu'à présent, mais les choses viennent semble-t-il de se débloquer. Les deux journalistes femmes de cette radio se sont formées à la technique et ont maintenant l'intention de lancer une émission régulière consacrée aux femmes sur la Radio Estilo Livre. Nous allons donc poursuivre le travail d'appui à cette radio encore quelques temps.

Echec relatif ou réussite partielle ?
Les cinq radios que nous avons encadrées n'ont donc pas, comme nous l'espérions, mis en place chacune une émission régulière d'information et de débats citoyens dans leur quartier. Mais elles ont tout

de même renforcé le côté informatif et local de leurs programmes. Les raisons de cette réussite que nous estimons, Yves et moi, relativement modeste tiennent beaucoup à nos propres erreurs initiales. Nous n'avons en effet pas apporté suffisamment d'attention au recrutement et à la sélection des participants.

Les équipes qui se sont constituées pour participer à la formation l'ont été à la dernière minute. Elles n'existaient pas avant et n'ont par conséquent pas eu une continuité suffisante. Il a donc fallu « rattraper » en permanence cette instabilité en tentant de reconstituer au fur et à mesure d'autres équipes qui n'avaient que partiellement suivi notre cours de base.

Quatre nouvelles radios plus une
Nous espérons avoir rectifié ces erreurs pour ce qui est de la prochaine volée des 5 radios que nous allons encadrer dès novembre 2013. Nous avons en effet mis en place une nouvelle procédure de sélection, beaucoup plus systématique, en visitant notamment les radios candidates afin d'évaluer leur dynamique interne et la solidité des équipes qu'elles nous proposaient de former. Au terme de ce processus, nous espérons une beaucoup plus grande continuité en 2013-2014.

Les 5 nouvelles radios qui vont bénéficier de l'appui de Jequitibá sont Radio Prazeres à Santa Teresa, Radio Ação dans la zone portuaire, Radio Bicuda dans la région nord de la ville, Radio Lider à Rio das Pedras dans la partie ouest et à nouveau Radio Maré, près de l'aéroport, comme déjà mentionné plus haut. Le cours de base aura lieu entre le 21 novembre et le 5 décembre, sous forme de 3 journées regroupant les 20 participants et de 5 fois 2 journées dans chacune des différentes radios.

Des partenariats renouvelés
Nous avons aussi connu quelques difficultés avec notre partenaire local, l'UPP Social de la Préfecture, au sein de laquelle les collaborateurs n'ont pas arrêté de changer, ce qui a beaucoup compliqué le suivi du travail. En plus, fin avril, une révision du budget de la Municipalité de Rio de Janeiro a provoqué l'arrêt des subventions que l'UPP Social versait à notre collaborateur Wladimir Aguiar, qui assure l'appui technique et juridique du projet. Nous avons donc dû reprendre à notre charge sa rémunération. Fort heureusement, la valorisation du francs suisse face au réal brésilien nous a donné une petite marge financière permettant de réaliser cette opération, qui sera poursuivie l'an prochain.
Par contre, nous avons pu concrétiser une collaboration avec l'Institut Genesis de l'Université catholique de Rio de Janeiro, spécialisé dans la formation à l'entrepreneuriat afin de mettre en place une formation à la gestion et à l'administration pour les dirigeants des radios que nous aidons. Ce volet du programme sera financé par le Comité Olympique brésilien. Cette formation concernera les 4 radios qui ont bénéficié de l'appui du projet en 2012-2013 et les 4 qui vont participer en 2013-2014. Cette intervention de l'Institut Genesis démarrera en février 2014.
Globalement donc, à ce stade, nous pouvons dire que l'objectif que nous nous étions fixés de former au journalisme local et citoyen des petites équipes dans un certain nombre de radios reste pertinent et qu'il a été en bonne partie atteint, malgré les manquements qui ont marqué le début des opérations. Le programme va donc se poursuivre comme prévu en 2013-2014, avec les adaptations qu'une première année d'expérience nous a permis de faire.

Jean-Jacques Fontaine,
Rio de Janeiro, 11 octobre 2013